Partager l'article ! La raison et les affects : le cas de la promesse: La minoration du rôle de la raison dans la politique spinoziste explique la place réduite ...
La minoration du rôle de la raison dans la politique spinoziste explique la place réduite du contrat social dans la genèse de l'Etat. Ce qui est rejeté dans le pacte social, c’est non pas tant sa dimension éventuellement fictive que ses conditions de possibilité, à savoir la rationalité et la liberté. La constitution d’un lien social solide, par lequel un peuple est un peuple, obéit en effet non à la liberté des volontés rationnelles, mais à la nécessité des affects passionnels.
Toutefois, est possible en politique que nous promettions, par passion, d’obéir à la raison, est possible que nous promettions, pour nous protéger d’autrui et jouir des avantages de la vie sociale, de nous soumettre aux commandements de la raison. Si la raison elle-même ne peut être un véritable motif politique de promettre, elle peut être un objet politique de la promesse. Se dessine donc ici ce qu'on peut appeler un imaginaire de la raison, qui est le véritable motif de la promesse politique. Chacun investit dans la rationalité collective par espoir de bénéfices individuels: chacun, d'abord, désire la raison par passion. Est-ce à dire pour autant qu'une promesse véritablement rationnelle soit impossible? Que la promesse rationnelle ne puisse être un moment constituant du politique, cela signifie-t-il qu'elle n'ait aucune valeur éthique?
Pour le comprendre, on dégagera différents cas de figure concernant la promesse, selon qu'elle est éthique ou politique, et selon qu'elle s'appuie sur des motivations rationnelles ou passionnelles. Et puisque le respect d'une promesse ne dure que tant que dure l'affect (passionnel le plus souvent, rationnel parfois) qui a poussé à la faire, autrement dit, puisqu'une promesse n'engage que ceux qui y croient, et qu'autant qu'ils y croient, on distinguera entre deux moments: entre le fait de faire une promesse (c'est là le moment de l'engagement, du contrat), et le fait de tenir la promesse qu'on a faite (c'est là la durée du respect du contrat).
Pascal Sévérac.
Séminaire de recherche sur Spinoza. Séance du 24 février 2010. Pascal Sévérac : La raison et les affects : le cas de la promesse.