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Dans le Traité politique VI,1, Spinoza soutient que l'accord de la multitude qui préside à la constitution du corps politique
n'est pas fondé sur la raison mais sur un affect commun, crainte, espoir ou désir de venger un dommage subi en commun (vel desiderio commune aliquod damnum ulciscendi). L'objectif est d'analyser
la possibilité, la viabilité et la légitimité d'une union paradoxale et problématique de la multitude sur la base d'une aspiration à la vindicte. L'hypothèse d'un motif vindicatif à l'origine du
corps politique n'a jamais fait l'objet d'un examen de la part des commentateurs qui se sont intéressé plutôt à la crainte, à l'espoir ou à l'indignation, en négligeant le désir de vengeance
pourtant expressément mentionné par Spinoza.
La réflexion vise alors à dégager l'originalité de cette thèse, qui arrache l'Etat au modèle contractuel pour en révéler la nature conspiratrice, en opérant notamment une confrontation avec Locke
et en distinguant justice et vengeance. Il s'agit ensuite d'analyser les problèmes qu'elle soulève, comme l'absence de pérennité ou le risque de tyrannie liés à la surenchère de violence et
de s'interroger sur sa légitimité et son bien-fondé. Il s'agit enfin de définir un bon usage de la vengeance en prenant soin de distinguer, comme le fait Spinoza, le desiderium de vengeance de la
cupiditas et en explicitant la nature exacte de l'affect vindicatif sur lequel l'accord de la multitude peut légitimement prendre appui pour définir un droit souverain et une justice commune.
Chantal Jaquet.
Séminaire de recherche sur Spinoza. Séance du 18 novembre 2009. Chantal Jaquet : Le désir de vengeance comme fondement du corps politique.
Publié le 24/12/2009 à 10h41 dans Séminaire Spinoza